Lost Records: Bloom & Rage, développé par Don’t Nod Montréal et publié par Don’t Nod, est une aventure narrative qui s’inscrit dans la lignée des succès du studio, notamment Life is Strange. Sorti en deux parties, avec “Tape 1: Bloom” le 18 février 2025 et “Tape 2: Rage” le 15 avril 2025, sur PlayStation 5, Xbox Series X/S et PC, ce jeu transporte les joueurs dans une exploration poignante de l’adolescence et des souvenirs, à travers une lentille à la fois nostalgique et surnaturelle. Cette revue, basée sur l’expérience complète des deux parties, examine les forces et les faiblesses du jeu, tout en explorant son impact émotionnel, son gameplay, son esthétique et sa narration.
Une Prémisse Captivante Ancrée dans la Nostalgie des Années 90
Lost Records: Bloom & Rage nous plonge dans l’été 1995 à Velvet Cove, une petite ville fictive du Michigan. Le jeu suit quatre adolescentes – Swann, Nora, Autumn et Kat – qui vivent une saison déterminante marquée par l’amitié, la musique punk et un événement mystérieux aux connotations surnaturelles. Vingt-sept ans plus tard, en 2022, ces femmes, désormais dans la quarantaine, se réunissent après avoir reçu un colis énigmatique adressé à leur ancien groupe punk, Bloom & Rage. Ce colis ravive des souvenirs longtemps enfouis et les force à confronter un secret qui les a séparées pendant des décennies.
L’histoire alterne entre deux temporalités : 1995, où l’on suit l’adolescence des héroïnes à travers les yeux de Swann, et 2022, où les perspectives adultes enrichissent la narration. Ce choix narratif, qui rappelle des œuvres comme It de Stephen King ou la série Yellowjackets, crée une tension constante entre passé et présent, tout en explorant comment les événements de jeunesse façonnent l’identité adulte. La promesse d’un secret inavouable, combinée à l’authenticité des dialogues et des relations, rend l’intrigue immédiatement captivante.
Une Narration Émotionnelle et Authentique
L’un des points forts de Lost Records réside dans sa capacité à capturer l’essence de l’adolescence avec une authenticité rare. Les quatre protagonistes – Swann, une introvertie passionnée par le cinéma et la nature ; Nora, une punk rebelle au grand cœur ; Autumn, la leader réfléchie ; et Kat, l’énigmatique autrice-compositrice – sont d’une profondeur remarquable. Chaque personnage est complexe, avec des insécurités, des aspirations et des contradictions qui reflètent les tumultes de la jeunesse. Les dialogues, écrits avec l’aide de scénaristes américaines comme Desiree Cifre et Nina Freeman, sonnent justes, capturant l’argot et la culture des années 90 tout en évitant les stéréotypes excessifs.
Le jeu excelle dans sa représentation des relations féminines, qu’il s’agisse d’amitiés ou de tensions romantiques. Les moments de complicité, comme les répétitions du groupe punk ou les escapades dans la forêt, sont empreints d’une chaleur nostalgique qui rappelle les étés insouciants de l’adolescence. Cependant, le jeu n’hésite pas à aborder des thèmes plus sombres, comme l’homophobie, les problèmes d’image corporelle, la violence domestique et la maladie, ce qui donne du poids aux choix narratifs du joueur. Ces thèmes sont traités avec sensibilité, évitant le sensationnalisme au profit d’une exploration nuancée.
Cependant, la structure en deux parties pose problème. “Tape 1: Bloom” est souvent critiquée pour son rythme lent, passant beaucoup de temps à établir les personnages et l’ambiance sans faire avancer l’intrigue principale. Si cette approche permet une immersion profonde, elle peut frustrer les joueurs en quête de réponses immédiates. “Tape 2: Rage” accélère le rythme et livre des révélations percutantes, mais certains trouvent qu’elle semble précipitée, comme si le jeu peinait à conclure tous les fils narratifs amorcés. Cette disparité crée une expérience déséquilibrée, bien que l’ensemble reste captivant.
Un Gameplay Centré sur le Caméscope de Swann
Le gameplay de Lost Records repose sur les mécaniques classiques des aventures narratives de Don’t Nod : exploration, dialogues à choix multiples et décisions impactant l’histoire. La nouveauté réside dans l’utilisation du caméscope de Swann, qui sert à la fois d’outil narratif et de mécanique de jeu. En 1995, les joueurs peuvent enregistrer des moments clés, comme les répétitions du groupe ou des scènes dans la nature, et monter ces clips pour créer un “mémoire” visuel. Cette mécanique renforce l’immersion en donnant l’impression de construire un journal intime visuel, tout en reflétant la passion de Swann pour la réalisation.
Cependant, le caméscope est sous-exploité. Bien qu’il soit central à l’expérience, les options d’enregistrement sont limitées, et l’impact des montages sur l’histoire reste opaque. De plus, les interactions en dehors du caméscope – comme examiner des objets ou résoudre des énigmes simples – manquent d’originalité et rappellent trop les jeux précédents de Don’t Nod, comme Life is Strange. Les choix narratifs, bien qu’ils influencent les relations et certains événements, ne semblent pas toujours avoir des conséquences claires, ce qui peut réduire le sentiment d’agence du joueur.
Une Esthétique Visuelle et Sonore Envoûtante
Visuellement, Lost Records est une réussite. Le style graphique, qui mêle réalisme et touches picturales, est fidèle à l’esthétique de Life is Strange, mais avec une direction artistique plus soignée. Les environnements, qu’il s’agisse des forêts luxuriantes de Velvet Cove ou du bar Blue Spruce en 2022, sont riches en détails et capturent parfaitement l’ambiance des années 90 et du post-pandémie. Les couleurs vibrantes et la lumière douce des scènes estivales contrastent avec les tons plus sombres des moments dramatiques, renforçant l’émotion narrative.
La bande-son est un autre point fort. Composée de morceaux punk et grunge inspirés des années 90, elle inclut des titres originaux comme “See You in Hell” de Nora Kelly Band, qui ancre l’ambiance rebelle du jeu. Les bruitages, comme le grain du caméscope ou le crépitement d’un feu de camp, ajoutent une couche d’immersion. Cependant, des problèmes techniques, notamment des baisses de framerate sur PS5 et des bugs d’animation, ternissent légèrement l’expérience, surtout dans “Tape 1”. Ces défauts, bien que mineurs, rappellent que le jeu aurait bénéficié d’un polissage supplémentaire.
Une Réflexion sur la Nostalgie et l’Identité
Ce qui distingue Lost Records des autres jeux narratifs, c’est sa capacité à explorer la nostalgie sans la glorifier aveuglément. Le jeu interroge la manière dont les souvenirs façonnent notre perception du passé, tout en montrant que l’adolescence, bien que magique, est aussi marquée par des blessures profondes. La dualité des perspectives – adolescentes et adultes – permet une réflexion unique sur le passage du temps et la résilience. En tant que femme queer, j’ai particulièrement apprécié la représentation des relations sapphiques, subtiles mais puissantes, qui capturent le mélange de désir et d’incertitude propre à la jeunesse.
Cependant, le jeu n’échappe pas à certains clichés des récits coming-of-age. Les références aux années 90 (comme The X-Files ou Blair Witch) peuvent sembler trop appuyées, et certains tropes narratifs, comme le secret mystérieux, rappellent un peu trop Life is Strange. Malgré cela, l’authenticité des personnages et la qualité de l’écriture permettent à Lost Records de se démarquer comme une œuvre à part entière.
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Conclusion : Un Voyage Imparfait mais Mémorable
Lost Records: Bloom & Rage est une aventure narrative qui brille par son authenticité émotionnelle, ses personnages attachants et son ambiance nostalgique. Bien qu’il souffre d’un rythme inégal et de quelques lacunes techniques, il réussit à capturer la complexité de l’adolescence et les cicatrices du passé avec une sensibilité rare. Pour les fans de Life is Strange ou des récits coming-of-age, c’est une expérience incontournable, même si elle ne révolutionne pas le genre. En attendant des correctifs pour les problèmes techniques, Lost Records reste une lettre d’amour aux souvenirs d’été et aux amitiés qui nous définissent.














